La plus belle habitude argentine que j’ai adoptée – #histoiresexpatriées

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La plus belle habitude argentine que j’ai adoptée – #histoiresexpatriées

En Argentine, l'abrazo, ou se prendre dans les bras est la manière de se saluer au quotidien | Photo: Pixabay

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Cet article participe au RDV #histoiresexpatriées organisé par le blog l’Occhio di Lucie

En Argentine, les règles de bienséance sont simplifiées. Par exemple à Buenos Aires, pour se saluer on se fait une bise et cet unique bisou s’accompagne toujours d’une accolade, plus ou moins marquée selon la situation: el abrazo. Habitude plus troublante que celle de boire du maté, car touchant à un aspect profond des relations humaines, je crois que l’abrazo a fini par déculpabiliser ma tendance naturelle à l’exhubérance. Voici comment j’ai découvert et j’ai adopté cette habitude qui fait désormais partie de mon quotidien.

Coeur contre coeur

Juillet 2014
On a encore sonné à la porte. Les invités commencent à arriver. Fran, mon premier contact à Buenos Aires fête son anniversaire chez lui. J’ai débarqué la première, vers 20h, c’est-à-dire très tôt pour les paramètres portègnes; en tout cas suffisamment à l’avance pour participer avec ses colocataires à la préparation du gâteau, la chocotorta. Les nouveaux venus commencent à s’accumuler dans la cuisine. Je ne connais personne. Choisissant la discrétion, je me suis assise dans un coin de la pièce, un peu mal à l’aise. Les autres par contre ne semblent pas plus gênés que ça, ils m’ont d’ailleurs salués avec effusion. Une seule bise accompagnée d’un bras autour de l’épaule.

Une nouvelle personne apparaît dans l’encadrement de la porte et je suis bien obligée de sortir de l’ombre. ” Holaaa! Cómo andás? “ Me voilà sans trop savoir pourquoi entre les bras de ce jeune homme. Quand il relâche son étreinte je suis encore un peu étourdie. Rose d’émotion, je baisse les yeux m’attendant à un petit commentaire charmeur, un piropo. Au lieu de cela, il me sourit, se présente rapidement “Machin, enchanté” et se dirige déjà vers mon voisin pour le saluer. Au alentour de minuit, c’est une véritable marée humaine qui déferle dans la maison. La cuisine est à son comble, le salon est déjà bien rempli, certains finissent par s’installer dans le patio et en profitent pour fumer une cigarette.

J’ai serré contre mon coeur la quasi totalité de ces gens-là. Interloquée, j’ai finalement décidé de lâcher prise et de me laisser porter par cette chaleur humaine, avec, à chaque embrassade, la sensation d’offrir un peu de moi même. Tandis que j’engage la conversation avec un couple, je suis interrompue dans mon élan par un retardataire qui, son manteau à la main, m’entraîne encore entre ses bras d’un geste ferme. Il en fait de même avec mes interlocuteurs. Qu’importe s’il ne sait pas qui nous sommes, nous faisons partie du groupe d’amis, nous sommes comme la famille.

Je découvre dans cette forme directe de se connecter avec les autres quelque chose de profondément troublant. Après cette soirée décisive, je m’ouvre à un aspect inexploré des relations humaines, loin des schémas avec lesquels j’ai grandi.

 

Je découvre dans cette forme directe de se connecter avec les autres quelque chose de profondément troublant.

Les règles de l’accolade

Désormais, je m’adonne avec délectation à l’abrazo, faisant fi des règles de bienséance française. Je ne suis plus choquée quand j’assiste à la longue embrassade – réelle, émue – entre ma collègue et notre patron à son retour de vacances. Des âges similaires et près de dix années de collaboration professionnelle favorisent cette relation cordiale, sans que cela implique une quelconque ambigüité. J’ai donc dû aussi m’habituer à voir mon compagnon saluer de la sorte d’autres filles. Ou mon beau père entourer de ses bras ses enfants lors d’un repas dominical. Les hommes, même hors du cercle familial, s’embrassent et se font la bise.

Depuis que je fais tout naturellement un bisou – et même “un câlin” selon les cas- à mon médecin, mes professeurs de la fac ou mon supérieur hiérarchique, je ne conçois plus un bonjour sans au moins une petite tape sur l’épaule.

 

Habituée désormais à une certaine familiarité même avec les inconnus je suis prise d’un élan d’amour irrépressible quand je rentre en France.

Le choc culturel

Habituée désormais à une certaine familiarité même avec les inconnus, je me transforme en une “embrasseuse” en série, prise d’un élan d’amour irrépressible, quand je rentre en France et je retrouve des connaissances. Dans mon village natal où je connais vraiment tout le monde, on doit me voir comme une espèce de folle en manque d’affection, qui parle fort et démontre son enthousiasme de manière exagérée.

Ainsi, Martine, ma voisine de toujours – que je vouvoie et qui a du mettre les pieds chez mes parents à peine une fois ou deux – s’est retrouvée prise dans une étreinte sans qu’elle n’ait rien demandé. Hélène, la vendeuse du primeur qui m’offrait des figues sèches quand j’avais 4 ans, a elle aussi reçu la bise à laquelle elle ne s’attendait pas. Toutes deux sont un peu surprises mais plus attendries que fâchées par ce petit débordement. Celle qui s’indigne le plus, c’est ma mère qui réfléchit toujours à deux fois s’il est correct d’inviter ou de recevoir quelqu’un en fonction du degré d’intimité de la relation. J’ai perdu toutes mes bonnes manières, alors j’essaie de me contenir pour ne pas trop lui faire honte…

 

Actuellement, je suis guide de tourisme à Buenos Aires. Tandis que j’attends mes clients au terminal d’arrivée des vols internationaux, j’observe les passants et j’assiste immanquablement aux retrouvailles de familles et d’amis. L’abrazo est forcément de rigueur, il est long, parfois même sautillé et accompagné de grands éclats de voix. J’ai beau le savoir déjà, je ne peux m’empêcher de sourire, émue par cette facilité relationnelle qu’ont les gens ici et qui est pour moi le symbole même de la vie en Argentine.

 

Cet article participe au rendez-vous #histoireexpatriées créé par le blog L’occhio de Lucie. Une chouette initiative qui réunit des bloggeurs expatriés à travers le monde autour d’un thème et nous permet de connaître la vie de différents pays. Ce mois-ci le sujet était “les habitudes que j’ai fait miennes”. Découvrez cette thématique avec les yeux de…

Maëlle , la marraine de ce mois-ci , au Canada

Amélie et Laura en Italie

Eva au Japon

Morgane en Espagne

Barbara au Costa rica

Pauline en Corée

Ophélie AdrienneClara et Marie en Grande Bretagne

Kenza , Thibault et Ferdy au Canada

Camille au Vietnam

Catherine en Allemagne

Life au Sénégal

 

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