Etre étrangère dans la ville – 2/3
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L’équilibre entre le plastique et les légumes
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Etre étrangère dans la ville – 3/3

En el antiguo comedor del Hotel de los Inmigrantes | Foto: A.Labadie

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Episode 3 : A Migraciones,  je m’ennuie rarement

 

Pour lire le 1º Episode : Cliquez ici

Pour lire le 2º Episode : Cliquez ici

 

 

 

Dans le bâtiment hors Mercosur, il y a toujours des étrangers bien comme il faut. Par exemple, ces américains à la mèche blonde et au sourire d’acteur de Hollywood, accompagnés par un traducteur. Il y a bien peu de familles dans le bâtiment nº6. Les asiatiques sont les seuls à se présenter avec la tribu, avec le bébé, avec le grand-père. Les autres sont des étrangers solitaires. 

 

Je perçois toujours l’accent d’un compatriote, en général en âge d’être étudiant. Aujourd’hui j’observe cette fille qui parle fort et semble très inquiète à cause d’une question de date, d’un délai dépassé. L’agent de Migraciones tente de la rassurer mais n’y réussit pas. La française toute jeune, promène un regard inquiet sur la salle. Moi aussi j’ai vécu ça la première année. Cette même angoisse de la date échue, du respect de la loi.

«Ton visa de touriste est terminé, et tu commences ton contrat de travail dans un mois ? Ce n’est pas grave. Tu pourras obtenir un visa de travailleur migrant. Tant que vous ne sortez pas du pays, ce n’est pas grave.
– Mais vous êtes bien sûr? – insistais-je, soucieuse – Je serai illégale ici pendant un mois.
– Oui j’en suis sûr, c’est moi qui vous le dit , et je suis un employé de Migraciones. »
A cette époque-là, le fonctionnaire n’avait pas réussi à me convaincre et j’avais quand même payé l’amende pour prolonger mon visa de touriste de trois mois supplémentaires. Les trente jours d’illégalité m’avaient terrorisés, et la réponse aussi décontractée d’un employé public m’avait presque indignée. Aujourd’hui, je comprends mieux comment les choses fonctionnent ici et je sais que plus que nulle part ailleurs, en Argentine la relation avec les dates, les délais et la loi est plus détendue, la négociation toujours possible.

 

Les trente jours d’illégalité m’avaient terrorisés, et la réponse aussi décontractée d’un employé public m’avait presque indignée.

 

Deux ans plus tard, ce même employé est toujours là, avec une barbe négligée et un début de calvitie, malgré ses trente ans. Sa démarche est pataude, son pas traînant, il travaille comme s’il était affalé devant la télé. Il semble fatigué. Ses tâches quotidiennes ne doivent pas passionnantes, surtout quand elles consistent à expliquer l’administration et ses absurdités à des étrangers qui ne comprennent pas très bien le castillan ( car étranger «hors Mercosur» signifie en grande majorité non hispanophone ). Par contre, le fonctionnaire de l’entrée, celui oriente les nouveaux venus a su tirer profit au maximum de son poste de travail. Il porte élégamment l’uniforme de Migraciones: gilet bleu marine et chemise blanche, aux manches impeccablement retroussées. Il est brun et a le nez aquilin et la démarche altière d’un empereur romain. Son regard perçant scrute et fixe la file. Il se plaît particulièrement à accueillir les filles, surtout si elles sont blondes et originaires de l’Europe de l’Est. Il n’hésite pas alors à sortir de son box à s’approcher tout près, tout près… Il demande à la jeune femme quel est le but de sa visite d’une voix douce et ose même lui prendre la main pour lui indiquer où elle doit se diriger.

Au fond, derrière ceux qui accueille le public, d’autres traitent les demandes, et apposent leur tampon et leur signature. Des piles de dossier attendent à être consultées. Sur les bureaux on voit surtout des matés et des thermos, à la décoration variée. Couleurs d’une équipe de foot ou petites fleurs romantiques : chacun reflète la personnalité de son propriétaire. Certains ordinateurs sont ornés de la photo d’un enfant et d’un conjoint ou d’un message drôle d’un collègue. L’ambiance a l’air détendue.

Pendant ce temps j’attends patiemment dans la file, le gars devant moi a envie de parler. Il est producteur de spectacle et il vient payer une taxe pour les artistes étrangers qu’il emploie. Il prend un air mystérieux mais meurt d’envie de m’en dire plus. Il finit par montrer le passeport du chanteur lyrique José Carreras qu’il a sorti discrètement d’une enveloppe. Quand je sors du bâtiment, deux ou trois heures se sont déroulées. Le temps est passé plus vite que prévu: à Migraciones, je m’ennuie rarement.

Pour connaître le détail des démarches à effectuer pour obtenir un permis de séjour en Argentine, découvrez cet article de Maba blog, le guide d’aventure des francophones à Buenos Aires.

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