Il n’y a pas de fête sans feu 1/2

Mais où est le lait ? Cache-cache au supermarché.
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Il n’y a pas de fête sans feu 1/2

Le mouton cuit "a la cruz". | Photos: A. Labadie

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Je rêvais de passer un jour de l’an différent. Un jour de l’an dans un endroit qui sorte de l’ordinaire. Un endroit sauvage au milieu de la nature infinie.

J’avais balayé toutes les destinations les plus tropicales de l’Argentine : le parc naturel national de la Palmeraie à Entre-Rios, les marécages d’Iberá, n’importe quel parc national de la Mésopotamie, entre les rivières Paraná et Uruguay. Les moustiques et la chaleur intense de l’été ont eu raison de ma décision. Finalement, les circonstances menèrent mes pas dans un petit coin perdu de la province de Buenos Aires,  au nom étrange et évocateur : Punta del Indio la pointe de l’Indien. Lieu de villégiature dans la Pampa humide, sur les rives du Rio de la Plata, moins exotique à première vue. Pourtant durant ces quelques jours j’ai touché du doigt l’essence de l’identité rioplatense.

 

Premier de l’an près du Río de la Plata

Me voilà donc partie camper avec des amis sur le terrain de la famille de l’un d’entre eux dans ce “village”. Entendez plutôt une espèce de grand bois quadrillé par des rues en gravier, avec quelques maisons dispersées ça et là. C’est dans l’une d’entre elle qu’est organisée la soirée de la Saint Sylvestre, chez les amis des amis de je ne sais qui … Bref, maintenant je ne cherche plus à comprendre ; ici les choses fonctionnent comme ça. Les amis des amis des amis sont les bienvenus, reçoivent l’abrazo de rigueur à leur arrivée, et sont invités sans chichi à se réunir autour du brasier qui trône dans le jardin. Car ici,  il n’y a pas de fête sans feu …

A la lueur de quelques lampions, dans la clarté ondulante des flammes se crée une ambiance intime, chaleureuse et rassurante qui prête aux confidences. On se sent plus proche de celui ou celle que l’on connaissait à peine il y a quelques heures.

A la lueur de quelques lampions, dans la clarté ondulante des flammes se crée une ambiance intime, chaleureuse et rassurante qui prête aux confidences. On se sent plus proche de celui ou celle que l’on connaissait à peine il y a quelques heures.

Et puis bien-sûr il y a la viande. Comment l’oublier … En de telles circonstances – nous sommes une trentaine de convives –  un agneau entier et une moitié de boeuf ne sont pas de trop. Ce sont les mets réservés pour les grandes occasions. L’équivalent argentin de notre bloc de foie gras.

El Asador, le maître du feu

Le vrai héros de la soirée s’appelle Bruno. Alors que tous les invités s’amusent, absorbés par des conversations animées, lui est chargé de la mission la plus sérieuse de toutes: c’est le maître du feu, el asador. Durant toute la nuit, il s’affaire autour des braises, torse nu, suant à grosses gouttes. Il s’affronte à la chaleur des flammes. Il surveille patiemment la cuisson, attentif à alimenter le foyer avec de nouvelles bûches. A l’aide d’une pelle – on sent l’objet technique spécialement conçu à cet effet, non pas un outil de jardin improvisé – il s’occupe de répartir les tisons sous le grill ou en demi-cercle devant le mouton a la cruz. ( Cette manière de cuire l’animal planté sur un piquet, toutes pattes ouvertes, est typique des zones rurales argentines. Âmes végétariennes s’abstenir ! )

Je suis curieuse de ce travail de l’ombre. Je décide de l’accompagner dans sa tâche solitaire. Il est bien sûr très occupé, ne quittant jamais de l’oeil le foyer tandis qu’il répond à mes questions. “L’agneau, on l’a mis trop tard, vers 19h. Il est déjà 21h. Il faut bien 4 ou 5h de cuisson. C’est ça la recette. »


Je ne me surprends pas tant que ça. On m’a déjà expliqué que le secret de la viande argentine est tout simple : des heures et des heures de patience. Je réponds d’un air entendu. Mais avec l’estomac vide je songe que 5h tout de même, c’est bien long …

Bruno est du village voisin un habitant de la Pampa, d’une race pas si perdue d’homme de la terre, rustique et rude, gardienne des valeurs et des traditions. Malgré les grosses gouttes de sueur, malgré la difficulté de la tâche en cette chaude nuit d’été, ce n’est en rien une corvée pour lui. Quelques semaines auparavant, il était question de ne pas faire de grillade, faute de volontaire dans le rôle de l’asador ( et moi qui était enthousiasmée à l’idée de voir en vrai l’agneau crucifié ).  Mais, m’explique-t-il, de toute façon on allait faire un feu, alors je me suis dévoué. Même sans grillade c’est possible ?  Bien-sûr, surtout à la campagne cela ne peut pas manquer lorsque l’on se retrouve ensemble.  Et c’est vrai que la flambée crée un moment de grâce, quasi mystique entre les êtres, un moment pour la communauté.

 A minuit, la viande est fin prête pour être servie : enthousiasme général. Un aplauso para el asador !

A minuit, la viande est fin prête pour être servie : enthousiasme général. Un aplauso para el asador ! L’homme de la Pampa reçoit les vivas et les hourras de ses compatriotes qui savourent entre deux morceaux de pain cette chair goûteuse, étonnement tendre et fondante.

Célébration

A minuit, la musique, un peu de cumbia …
Tout le monde célèbre cette nouvelle année qui commence. Les nombreux musiciens – Bruno se révèle être aussi un percussionniste invétéré –  s’en donnent ensuite à coeur joie. A 4h ou 5h du matin, nous dansons toujours sur un candombe endiablé ( rythme uruguayen aux origines africaines ).

Aux alentours de 6h du matin, il est temps de partir à la plage voir le soleil se lever sur le Rio de la Plata. Beaucoup de nuages, le spectacle n’est pas celui attendu. Mais qu’à cela ne tienne, certains – les plus courageux –  en profitent pour prendre le premier bain de l’année.

Lire la 2ème partie

Retrouvez le guide pratique de l’asado, dans cet article de Maba Blog, le guide de l’aventure des francophones à Buenos Aires.