Mandy Lerouge, une française amoureuse du folklore argentin

José, gaucho de la Patagonie
18 juillet, 2020

Mandy Lerouge, une française amoureuse du folklore argentin

Mandy Lerouge est une chanteuse française qui se consacre exclusivement au folklore argentin | Photo: A. L. Etienne

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      Nous nous sommes rencontrées à Buenos Aires. Moi, dans le public, elle, sur scène, au côté d’un des plus grands noms du folklore argentin: Chango Spasiuk. Emue par son talent de chanteuse, j’ai attendu la fin du concert pour aller la saluer.  Née d’un père malgache et d’une mère française, Mandy Lerouge a grandi dans les Hautes-Alpes et vit à Marseille depuis plusieurs années. Une enfance en pleine nature, une adolescence auprès des chevaux : autant de points communs qui expliquent certainement notre sensibilité partagée pour les textes et les musiques du Nord de l’Argentine.
      Sa rencontre avec le folklore argentin, qu’elle compare à un coup de foudre amoureux, a bouleversé sa vie. C’est grâce à lui qu’elle a décidé de se consacrer professionnellement à la musique. Ses chansons, toutes issues du répertoire traditionnel argentin, elle les conçoit comme une invitation au voyage. Aujourd’hui elle sort son 1er album intitulé La Madrugada, dans lequel elle chante de grands morceaux de folklore: zamba, chacarera, chamamé… Sans nul doute, il y a beaucoup d’amour dans son interprétation à la fois si personnelle et si respectueuse de la tradition.
Avec cet interview, je vous invite à connaître Mandy et son extraodinaire voix, Mandy et son extraordinaire histoire. Et pour faire ce voyage musical à ses côtés, vous trouverez tous les liens à la fin de l’article

 

Comment est née ta vocation de chanteuse?

Mon parcours professionnel n’est pas un parcours traditionnel puisque je ne sais ni lire ni écrire la musique, je fais partie de ces musiciens qui se sont nourris par ce qu’on appelle la transmission orale. Je me consacre professionnellement à la musique depuis peu. De formation universitaire, je suis ingénieur du son. J’ai d’abord travaillé pour la radio en tant que technicienne puis journaliste animatrice. Ensuite j’ai eu une mission de conseil stratégique auprès des artistes de spectacles vivants, en région PACA.

Il y a 2 ans j’ai décidé de quitter ce travail où j’ai appris énormement pour me lancer dans la musique. C’est vraiment grâce à ma rencontre avec le folklore argentin, l’Argentine, les musiciens argentins que j’ai décidé de me lancer et de quitter ce travail de bureau.

LE FOLKLORE ARGENTIN

Alors raconte-nous ton histoire avec le folklore argentin comment l’as-tu découvert? Tu connaissais l’Argentine depuis longtemps?

C’est une histoire qui s’est faite en plusieurs rencontres on va dire. Mon premier voyage en Argentine c’était en 2014, c’était très rapide je n’avais que 15 jours de vacances. Pour moi c’était un rêve d’adolescente que d’aller en Argentine pour le cheval. Je suis cavalière depuis l’enfance et c’était un rêve de rencontrer les gauchos. Et beaucoup plus tard quand je me suis installée à Marseille pour faire mes études je me mise à danser le tango argentin. Du coup ça faisait deux bonnes raisons d’aller en Argentine. J’ai passé une semaine à Buenos Aires et une semaine dans le Nord-Ouest, Salta et Jujuy.

 

C’est là que tu as découvert le folklore?

Oui. J’ai pris un bus à Salta, très très tôt le matin pour aller à Tilcara. Dans ce bus j’ai un souvenir très marquant. Les paysages qui défilent, la lumière du matin j’étais à moitié endormie et d’un coup le chauffeur de bus a mis la radio à fond et il écoutait de la chacarera et de la zamba. Je sais maintenant que c’était ça, j’en avais jamais entendu à l’époque. Mais j’ai été marquée par ces rythmes. Je ne savais pas de quoi parlait ces chansons et j’ai été frappée par l’entrain des gens dans le bus et qui se mettait parfois à taper dans les mains au rythme de la chacarera. J’ai senti quelque chose de très fédérateur de très festif qui m’a beaucoup plu. C’est resté dans un coin de tête sans plus.

 

Je parle toujours de coup de foudre culturel quand je parle de ma rencontre avec ces cultures et ces musiques-là.

Comment s’est fait le déclic alors?

Un an plus tard en 2015. J’ai assisté à un concert de Chango Spasiuk [Note du colibri: une des figures les plus importantes du folklore argentin] à Paris, au musée du quai Branly, grâce à un ami très cher qui est son manager en France. Et là j’ai été bouleversée comme jamais j’ai été bouleversée en assistant à un concert. C’était le contexte post attentat du Bataclan mais au-delà de ça il y avait cette musique qui m’a saisie sans que je comprenne vraiment pourquoi, sans que je puisse encore vraiment l’expliquer. Je n’ai aucune origine argentine, je n’ai pas de raison particulière d’être attachée à ces musiques-là et pourtant elles m’ont complètement retournée, secouée, marquée, à vie je pense. Assez pour que suite à ce concert elles m’ont donné envie de creuser un peu plus. J’ai découvert les musiques argentines traditionnelles par le chamamé et les musiques du littoral [Note du colibri: traditions musicales des provinces du Nord Est bordant le fleuve Parana]. J’ai commencé à écouter des morceaux et plus j’écoutais plus jamais ça.

J’ai la chance à Marseille d’avoir un conservatoire de danse du Folklore argentin: la Academia del Tango y del Folklore Argentino. J’ai voulu pousser la porte de cette école pour rencontrer des gens qui fréquentaient cet endroit et commencer à me nourrir par la danse: la zamba et la chacarera.

 

Qu’est ce que t’a séduite?

Ce qui m’a séduite ça ne s’explique pas vraiment, mais je trouve que c’est ça qui est beau. Je parle toujours de coup de foudre culturel quand je parle de ma rencontre avec ces cultures et ces musiques-là. Et j’ai pas vraiment envie de chercher puisque c’est de l’ordre de quelque chose à la fois inexplicable et évident. Un peu comme une rencontre amoureuse.
C’est ce répertoire-là qui m’a donné envie de quitter mon travail, qui m’a donné envie de me lancer dans la musique, qui m’a donné envie de partager ça aussi avec le public en France. Et non seulement de l’intégrer à mon répertoire, mais de m’y consacrer entièrement. A présent je ne chante plus que des morceaux du Nord de l’Argentine, je ne chante pas le tango.

PARLE-NOUS DE TON PUBLIC

Le folklore argentin est assez peu connu en France. Quelle est la réaction des français quand il découvre ta musique ?

On tourne avec la Madrugada depuis janvier 2019 dans toute la France, la réaction du public français est pour l’instant très positive. Disons que je pense que le public français a une appétance pour ce qu’on appelle les musiques du monde.

Ce sont des gens qui ont en tout cas cette envie de voyager par la musique. Ils sont étonnés de voir que ce sont des musiques qui viennent d’Argentine. Parce qu’en Europe le tango est super connu. Mais c’est vrai que le folklore se fait plus discret et quand il existe il est réservé à des lieux plus informels.

Moi en tout cas j’essaye de l’amener au théâtre et aussi de faire voyager les gens. Je raconte quelques histoires, de manière très simple, j’explique que ce ne sont pas que des musiques mais bien des cultures, même un art de vivre. Le folklore argentin c’est aussi se retrouver, se passer la guitare, on vient voir des musiciens et on va inviter s’il y a d’autres dans la salle. C’est cette notion de partage que j’ai envie de transmettre avec le public français.

 

Le folklore argentin c’est aussi se retrouver, manger, boire, se passer la guitare. C’est cette notion de partage que j’ai envie de transmettre avec le public français.

 

Tu interprètes une tradition musicale qui n’est pas la tienne. Craignais-tu la réaction des argentins?

Oui, moi j’avais très peur. Comment des argentins allaient prendre qu’une petite française qui avait passé au final peu de temps en Argentine se permette de chanter des musiques d’une tradition très forte et liées à des réalités qui n’existent pas ici?
Ça a été ma première crainte et ma première vigilance et ça le reste toujours. Peur de manquer de respect ou en tout cas de ne pas être juste. C’est pour ça que j’ai choisi de m’entourer de musiciens argentins sur scène. Moi j’ai ma propre interprétation mais j’ai toujours en tête l’importance du texte et ce que ça raconte.

 

Et finalement comment ont-ils reçu ta musique?

J’ai eu la chance d’une extrême bienveillance de leur part, ceux avec qui je travaille comme ceux qui sont venus me voir en concert en France.

Et encore plus quand je suis revenue en Argentine début 2020. J’ai été vraiment très très touchée. On m’a accueillie à bras ouverts en me remerciant de m’intéresser à leur culture, ce qui pour moi est assez étonnant. Ils m’ont beaucoup remercié de défendre ces musiques-là en Europe et en France. Et ils ont tout fait pour que je reparte avec le maximum d’information, de nouvelles chansons. On m’a amenée voir des choses dont parle le folklore argentin: des paysages, des fruits, des animaux, des gens. Et ça je suis extrêmement reconnaissante. La réaction des argentins est juste incroyable pour moi d’une délicatesse, d’une générosité et d’une bienveillance que je tiens à souligner.

Regardez le 1er morceau de l’album la Madrugada en cliquant sur la photo ci-dessous

 

TON TRAVAIL ET TES PROJETS

Travailles-tu en contact avec d’autres artistes argentins? Quels sont tes projets?

Oui bien-sûr avec moi sur scène il y a Lallo Zanelli au piano et Javier Estrella aux percussions. Après j’ai eu la chance de collaborer avec Melingo, qui participe à l’album La madrugada.

J’ai aussi d’autres projets du côté de Marseille, avec d’autres argentins.

Un trio qui s’appelle Mishki Mayu avec Diego Trosman, guitariste et avec Guillermo Salazar percussioniste, tout deux installés en France depuis quelques années. On a un répertoire de folklore argentin mais joué de manière beaucoup plus traditionnelle qui a pour vocation de faire danser, de mettre l’ambiance.

Ensuite, j’ai un duo avec Diego Trosman. On a monté ensemble un répertoire autour uniquement d’Atahualpa Yupanqui parce que je suis très touchée par les textes d’Atahualpa, sa poésie et j’avais envie de quelque chose très épuré pour jouer dans des petits lieux intimes. Donc voilà, ça fait partie du répertoire qu’on espère jouer dès que nous pourrons.

Les Argentins m’ont beaucoup remercié de défendre ces musiques-là en Europe et en France.

Chango Spasiuk est un artiste consacré, embassadeur international du chamamé, comment es tu arrivée à partager la scène avec lui?

Après avoir assisté à son concert à Paris en novembre 2015, j’ai demandé à Chango Spasiuk d’être le parrain d’un festival autour du folklore argentin que j’ai organisé à Marseille.

Il a accepté et il a été avec nous pendant une semaine en Novembre 2016. Quand il a vu que je m’étais prise d’amour pour ces cultures-là et que je chantais par ailleurs, il m’a invitée à son concert à chanter une chanson. Et ça a été le premier chamamé que j’ai chanté sur scène de ma vie, au côté de Chango Spasiuk. Autant te dire que ça a été un magnifique cadeau de la vie!

Suite à ça, on est devenu vraiment amis avec lui et ses musiciens. Lorsque je suis allée en Argentine début 2020, il m’a encore plusieurs fois invitée à chanter sur scène, en particulier à la fête Nationale du Chamamé. Ce qui est encore un fois un immense cadeau car j’avais prévu d’y être mais dans le public et j’ai eu cette chance immense de vivre cette expérience sur scène.

 

En savoir plus sur Mandy Lerouge:

 

Pour écouter quelques morceaux du 1er album de Mandy:

Chacarera de un triste

El Cosechero –

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Pour commander son album:

Site officiel de Mandy Lerouge 

Le Folklore Argentin sur Maté & Colibri:

Mon histoire d’amour avec la chacarera

Chronique d’un voyage au coeur du folklore argentin 

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